Voyage & Évasion

Pourquoi a-t-on mal au cœur en lisant en voiture ?

Nausées dès qu'on lit ou regarde son téléphone en voiture ? Le cerveau reçoit des signaux contradictoires. Pourquoi, et comment voyager sans mal au cœur.

Passagère à l'arrière d'une voiture, un livre ouvert sur les genoux, regardant le paysage d'automne par la vitre

Vous ouvrez votre livre ou votre téléphone sur la banquette arrière, et au bout de dix minutes, un malaise s’installe : bouffées de chaleur, salive qui monte, estomac qui se noue. Vous refermez le livre, vous ouvrez la fenêtre, vous fixez le paysage en espérant que ça passe. Pendant ce temps, le conducteur, lui, se sent parfaitement bien.

Ce malaise a un nom, le mal des transports ou cinétose, et la lecture en voiture en est l’un des déclencheurs les plus classiques. Il ne vient pas de l’estomac mais du cerveau, qui reçoit des informations contradictoires. Voici ce qui se passe, pourquoi certaines personnes y sont plus sensibles, et comment voyager sans nausées, y compris avec des enfants.

Un conflit entre les yeux et l’oreille interne

Pour savoir comment le corps bouge dans l’espace, le cerveau combine plusieurs sources d’information :

  • l’oreille interne, et plus précisément le système vestibulaire, qui détecte les accélérations, les freinages, les virages et l’inclinaison de la tête ;
  • les yeux, qui indiquent si l’environnement bouge ou non ;
  • les capteurs du corps (muscles, articulations, peau), qui renseignent sur la position et les appuis.

En temps normal, ces informations concordent. Mais quand vous lisez en voiture, vos yeux restent fixés sur une page immobile, à quelques centimètres de votre visage. Ils transmettent le message : « je ne bouge pas ». Pendant ce temps, votre oreille interne perçoit chaque virage et chaque freinage : « je bouge ». Le cerveau se retrouve face à un conflit sensoriel, et c’est ce conflit qui déclenche les nausées.

Pourquoi le conducteur, lui, va bien

Le conducteur regarde la route en permanence et provoque lui-même chaque mouvement de la voiture. Son cerveau sait à l’avance qu’un virage arrive, qu’il va freiner ou accélérer. Les signaux des yeux, de l’oreille interne et du corps sont alors cohérents et anticipés.

Le passager qui lit, lui, subit les mouvements sans les voir venir. Et le passager assis à l’arrière cumule les difficultés : il voit moins bien la route, l’horizon est masqué par les sièges avant, et les mouvements de la caisse y sont souvent un peu plus ressentis.

SituationRisque de mal au cœurPourquoi
ConducteurTrès faibleIl anticipe chaque mouvement
Passager avant regardant la routeFaibleLes yeux confirment les mouvements
Passager arrière regardant dehorsModéréHorizon partiellement masqué
Passager arrière lisant ou sur un écranÉlevéConflit maximal entre yeux et oreille interne
Route sinueuse, conduite saccadéeTrès élevéMouvements nombreux et imprévisibles

Pourquoi certaines personnes y sont plus sensibles

Tout le monde peut avoir le mal des transports dans des conditions extrêmes, mais la sensibilité varie énormément d’une personne à l’autre.

  • L’âge : les enfants d’âge scolaire sont généralement les plus sensibles, alors que les tout-petits le sont moins souvent. Chez beaucoup de personnes, la sensibilité diminue ensuite avec les années.
  • Les migraines : les personnes sujettes aux migraines semblent plus souvent concernées.
  • Les variations hormonales : certaines femmes ressentent davantage le mal des transports pendant la grossesse ou à certaines périodes du cycle.
  • L’état du moment : fatigue, stress, anxiété à l’idée d’être malade, estomac vide ou trop plein.
  • L’habitude : l’exposition régulière à un même type de transport permet souvent au cerveau de s’adapter.

Le même système de l’oreille interne est d’ailleurs en cause dans d’autres sensations déroutantes, comme les vertiges ressentis après une longue séance de natation.

Comment éviter le mal au cœur en voiture

Avant le départ

  1. Mangez léger, ni à jeun ni après un repas copieux. Évitez les plats gras et les boissons gazeuses juste avant de partir.
  2. Choisissez la bonne place : à l’avant si possible, sinon au milieu de la banquette arrière, d’où l’on voit mieux la route à travers le pare-brise.
  3. Aérez la voiture et évitez les odeurs fortes : désodorisant puissant, parfum, nourriture odorante, tabac.
  4. Préparez des activités sans regard vers le bas : livres audio, podcasts, musique, jeux de devinettes.

Pendant le trajet

  • Regardez loin devant, vers l’horizon ou la route. Les yeux confirment alors ce que ressent l’oreille interne.
  • Gardez la tête stable, appuyée contre l’appui-tête, plutôt que de la pencher vers un livre ou un écran.
  • Fermez les yeux si regarder dehors ne suffit pas : cela supprime une partie du conflit visuel.
  • Faites entrer de l’air frais en entrouvrant une fenêtre ou en orientant la ventilation vers le visage.
  • Faites des pauses régulières sur les longs trajets, en sortant marcher quelques minutes.

Côté conducteur

Le conducteur a un rôle important : une conduite souple, avec des freinages progressifs, des virages pris en douceur et des accélérations sans à-coups, réduit nettement les nausées des passagers. Sur les routes de montagne, ralentir un peu dans les lacets change souvent tout.

Voyager avec des enfants sujets au mal des transports

Les enfants étant souvent les plus touchés, quelques adaptations rendent les trajets beaucoup plus sereins :

  • Installez-les de façon à ce qu’ils voient dehors, quand c’est possible selon leur siège auto et les règles de sécurité.
  • Limitez les écrans et privilégiez les histoires audio, les chansons et les jeux d’observation (« je vois une voiture rouge »).
  • Prévoyez des pauses plus fréquentes, toutes les heures ou heures et demie sur les longs trajets.
  • Gardez sous la main des sacs, des lingettes, de l’eau et une tenue de rechange, pour gérer un incident sans stress.
  • Partez au bon moment : un trajet pendant la sieste ou tôt le matin, quand l’enfant somnole, se passe souvent mieux.

Pour les longues vacances sur la route, un itinéraire bien découpé aide aussi : nos conseils pour organiser un long voyage en camping-car s’appliquent largement à la voiture.

Remèdes et médicaments : ce qu’il faut savoir

Les solutions douces

  • Le gingembre, en bonbons ou en infusion, est un remède traditionnel que certaines personnes trouvent utile, même si les résultats des études sont variables.
  • Les bracelets d’acupression, qui appuient sur un point du poignet, sont utilisés par certains voyageurs ; leur efficacité reste discutée, mais ils sont sans danger.
  • Respirer lentement et profondément aide parfois à calmer la montée des nausées.

Les médicaments

Plusieurs médicaments contre le mal des transports existent, sous forme de comprimés ou de patchs. Certains s’achètent sans ordonnance, mais beaucoup provoquent de la somnolence et ont des contre-indications, en particulier chez l’enfant, la femme enceinte ou les personnes ayant certains problèmes de santé.

En pratique

Le mal au cœur en lisant en voiture vient d’un conflit sensoriel : les yeux, fixés sur une page immobile, disent au cerveau que vous ne bougez pas, alors que l’oreille interne perçoit chaque mouvement de la voiture. Le conducteur, qui anticipe tout, y échappe presque toujours.

Pour voyager sans nausées :

  1. Regardez l’horizon et évitez de lire ou de fixer un écran, surtout sur route sinueuse.
  2. Asseyez-vous à l’avant ou au milieu de la banquette, la tête appuyée et stable.
  3. Aérez, mangez léger et faites des pauses régulières.
  4. Demandez une conduite souple et remplacez la lecture par des livres audio.
  5. Parlez-en à un pharmacien ou à un médecin avant de prendre un médicament, surtout pour un enfant.

Questions fréquentes

Pourquoi a-t-on la nausée en lisant en voiture mais pas en regardant dehors ?

En lisant, les yeux restent fixés sur une page immobile et transmettent au cerveau l'information « je ne bouge pas », alors que l'oreille interne perçoit les accélérations, les freinages et les virages. Ce conflit entre les signaux déclenche le mal des transports chez de nombreuses personnes. En regardant dehors, les yeux voient le mouvement et confirment ce que ressent l'oreille interne, ce qui réduit le conflit.

Pourquoi le conducteur n'a-t-il presque jamais mal au cœur ?

Le conducteur regarde la route et anticipe chaque virage, chaque freinage et chaque accélération, puisqu'il en est à l'origine. Son cerveau prévoit les mouvements avant de les ressentir, ce qui limite fortement le conflit sensoriel. C'est d'ailleurs pourquoi certaines personnes sujettes au mal des transports se sentent mieux en conduisant.

Les enfants sont-ils plus sensibles au mal des transports ?

Oui, les enfants d'âge scolaire y sont généralement plus sensibles que les adultes, alors que les tout-petits le sont moins souvent. La sensibilité tend ensuite à diminuer avec l'âge chez beaucoup de personnes. Les adultes sujets aux migraines semblent aussi plus souvent concernés.

Le gingembre est-il efficace contre le mal des transports ?

Certaines personnes trouvent que le gingembre, en bonbon ou en infusion, les aide à limiter les nausées, et il fait partie des remèdes traditionnels les plus utilisés. Les résultats des études restent toutefois variables. Il peut être essayé en complément des mesures pratiques, en demandant l'avis d'un professionnel de santé en cas de grossesse, de traitement en cours ou pour un jeune enfant.

Existe-t-il des médicaments contre le mal des transports ?

Oui, plusieurs médicaments existent, sous forme de comprimés ou de patchs, et certains sont disponibles sans ordonnance. Beaucoup peuvent provoquer de la somnolence et ont des contre-indications, notamment chez l'enfant. Il est donc important de demander conseil à un pharmacien ou à un médecin avant de les utiliser, et de ne jamais conduire après en avoir pris un qui fait dormir.