Pourquoi les écureuils enterrent-ils des noisettes et en oublient-ils une partie ?
En automne, l'écureuil cache des centaines de noisettes. Comment il les retrouve, pourquoi il en oublie, et comment ces oublis font pousser des arbres.
En automne, il n’est pas rare de voir un écureuil roux s’affairer au pied d’un arbre : il gratte la terre, enfouit une noisette, la recouvre soigneusement de feuilles, puis repart aussitôt en chercher une autre. Il peut répéter ce manège des centaines de fois en quelques semaines. Mais comment retrouve-t-il ensuite toutes ces cachettes, et que deviennent celles qu’il ne retrouve pas ?
Derrière ce petit rituel se cache une stratégie de survie très élaborée, une mémoire étonnante, et un rôle écologique majeur : l’écureuil, sans le savoir, est l’un des grands planteurs d’arbres de nos forêts. Voici ce que les scientifiques ont compris de ce comportement, et comment l’observer cet automne.
Un animal qui n’hiberne pas et doit prévoir
Contrairement à une idée répandue, l’écureuil roux n’hiberne pas. Il reste actif tout l’hiver, même s’il réduit fortement ses sorties par grand froid et passe beaucoup de temps dans son nid de branches et de mousse, perché dans les arbres.
Le problème est simple : en hiver, la nourriture se fait rare. Les fruits sont tombés, les graines ont été mangées ou sont enfouies sous la neige. Pour survivre, l’écureuil doit donc constituer des réserves pendant la période d’abondance, de la fin de l’été au cœur de l’automne, quand noisettes, glands, faînes et noix tombent en grande quantité.
Pourquoi disperser plutôt que tout garder au même endroit
Les animaux qui stockent de la nourriture suivent deux grandes stratégies :
- le garde-manger centralisé : toutes les réserves au même endroit, dans un terrier ou une cavité, comme le font certains rongeurs ;
- le stockage dispersé : de nombreuses petites cachettes, chacune contenant une ou quelques graines.
L’écureuil roux pratique surtout le stockage dispersé. L’avantage est clair : si un mulot, un sanglier ou un autre écureuil découvre une cachette, il ne s’empare que d’une petite partie des provisions. C’est l’équivalent animal du conseil « ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier ». L’inconvénient : il faut ensuite se souvenir de dizaines, voire de centaines d’emplacements.
| Comportement observé | Ce qu’il permet |
|---|---|
| Enterrer une seule noisette par cachette | Limiter les pertes en cas de pillage |
| Recouvrir le trou de feuilles ou de terre | Masquer la cachette aux voleurs |
| Examiner et soupeser le fruit avant de l’enterrer | Ne stocker que les fruits sains et bien remplis |
| Cacher davantage quand la récolte est abondante | Profiter des bonnes années pour l’hiver suivant |
| Vérifier qu’il n’est pas observé | Éviter que d’autres animaux repèrent la cachette |
Comment l’écureuil retrouve ses cachettes
Une mémoire spatiale remarquable
Pendant longtemps, on a pensé que les écureuils retrouvaient leurs provisions surtout grâce à l’odorat, presque par hasard. Les études menées notamment sur des écureuils d’Amérique du Nord ont montré que la réalité est plus subtile : ils s’appuient largement sur leur mémoire spatiale. Ils mémorisent la position des cachettes par rapport aux repères du paysage : un tronc, un rocher, une souche, la lisière d’un bois.
Certaines observations suggèrent même que des écureuils organisent leurs cachettes par type de fruit, ce qui faciliterait leur mémorisation, un peu comme on range des dossiers par catégorie.
L’odorat pour finir le travail
Une fois arrivé dans la bonne zone, l’écureuil utilise son odorat pour localiser précisément la noisette, même sous quelques centimètres de terre ou de neige. Mémoire et odorat se complètent : la première guide l’animal au bon endroit, le second lui permet de creuser au bon point.
Ruses contre les voleurs
Les cachettes attirent les convoitises : mulots, geais, autres écureuils. Des chercheurs ont observé chez certaines espèces d’écureuils des comportements de fausse cachette : quand ils se savent observés, ils font semblant d’enterrer une noix, puis vont la cacher ailleurs. Un comportement qui témoigne d’une capacité d’adaptation surprenante.
Les noisettes oubliées, une chance pour la forêt
Malgré sa mémoire, l’écureuil ne récupère pas toutes ses provisions. Il peut ne pas en avoir besoin si l’hiver est doux, mourir avant de les retrouver, se faire voler une partie de ses réserves, ou tout simplement ne plus retrouver certaines cachettes. La proportion de fruits non récupérés varie beaucoup selon les années, les lieux et l’abondance de nourriture.
Ces oublis ont une conséquence majeure : une noisette ou un gland enterré à la bonne profondeur, à l’abri des prédateurs et de la sécheresse, se trouve dans des conditions idéales pour germer au printemps. Sans le savoir, l’écureuil plante ainsi des noisetiers, des chênes, des hêtres ou des noyers, parfois loin de l’arbre d’origine.
Il partage ce rôle avec d’autres animaux, notamment le geai des chênes, grand disperseur de glands. Ensemble, ils contribuent à la régénération des forêts et à la progression des arbres vers de nouveaux espaces. Les arbres ainsi plantés produiront à leur tour leurs propres couleurs d’automne et nourriront les écureuils des générations suivantes.
Que mange l’écureuil le reste de l’année ?
Les noisettes et les glands ne sont qu’une partie de son menu. L’écureuil roux est un animal opportuniste, dont l’alimentation suit les saisons :
- au printemps, il consomme des bourgeons, des jeunes pousses, des fleurs et parfois des insectes ;
- en été, il se nourrit de fruits, de baies, de champignons et des premières graines de conifères ;
- en automne, il profite de l’abondance des fruits secs et constitue ses réserves ;
- en hiver, il vit sur ses cachettes et s’attaque aux cônes de pins et d’épicéas, dont il extrait patiemment les graines.
Ces cônes rongés, réduits à leur axe central entouré d’écailles arrachées, sont d’ailleurs un excellent indice de sa présence en forêt. Les noisettes qu’il ouvre portent aussi une signature : il les fend proprement en deux, alors que les mulots y percent un petit trou rond aux bords rongés.
L’écureuil roux, une espèce à protéger
En France, l’écureuil roux est une espèce protégée : il est interdit de le capturer, de le détenir ou de le perturber intentionnellement. Il reste assez commun, mais il est menacé localement par la circulation routière, les chats domestiques, la fragmentation des forêts et, dans certains pays voisins, par la concurrence de l’écureuil gris d’Amérique introduit.
Quelques gestes simples permettent de l’aider :
- planter des noisetiers, des chênes ou des noyers dans son jardin ;
- laisser un point d’eau en période de sécheresse, en hauteur et à l’abri des chats ;
- lever le pied sur les routes boisées, surtout en automne, quand les écureuils traversent souvent ;
- ne pas toucher un jeune écureuil apparemment seul, et contacter un centre de soins de la faune sauvage en cas de doute.
L’automne est d’ailleurs riche en spectacles naturels pour qui sait observer : le passage des grues en V dans le ciel, ou les champignons qui surgissent après la pluie au pied des arbres. Au sol, c’est aussi la saison où les hérissons fréquentent les jardins pour faire leurs réserves avant d’hiberner.
Ce qu’il faut retenir
L’écureuil roux enterre des noisettes parce qu’il n’hiberne pas et doit se constituer des réserves pour l’hiver. Il les disperse dans de nombreuses cachettes pour limiter les pertes, et les retrouve grâce à une mémoire spatiale remarquable, complétée par son odorat.
Les noisettes et glands qu’il ne récupère pas ne sont pas perdus pour tout le monde : ils germent et font de lui un planteur d’arbres essentiel à la forêt. Pour profiter de ce spectacle, observez discrètement en automne, plantez des arbres à fruits secs, et souvenez-vous que l’écureuil roux est une espèce protégée.
Questions fréquentes
Pourquoi l'écureuil enterre-t-il ses noisettes au lieu de les garder au même endroit ?
L'écureuil roux pratique surtout un stockage dispersé : il répartit ses provisions dans de nombreuses petites cachettes plutôt que dans un seul grenier. Cette stratégie limite les pertes, car un voleur ou un rongeur qui découvre une cachette ne s'empare que d'une petite partie des réserves. Elle demande en revanche une bonne mémoire pour tout retrouver.
Comment l'écureuil retrouve-t-il ses cachettes ?
Les études montrent que les écureuils s'appuient surtout sur leur mémoire spatiale, en se repérant grâce aux arbres, aux rochers et aux autres éléments du paysage. L'odorat les aide ensuite à localiser précisément la noisette sous la terre ou la neige. Ils retrouvent ainsi une bonne partie de leurs provisions, même plusieurs semaines après les avoir cachées.
Les écureuils oublient-ils vraiment leurs noisettes ?
Une partie des provisions n'est jamais récupérée, sans qu'on sache toujours si l'écureuil l'a oubliée, s'il n'en a pas eu besoin ou s'il est mort avant de la retrouver. D'autres animaux, comme les mulots ou les geais, pillent aussi certaines cachettes. La proportion de noisettes non récupérées varie selon les années, les lieux et l'abondance de nourriture.
Est-ce que les écureuils hibernent ?
Non, l'écureuil roux n'hiberne pas. Il reste actif tout l'hiver, mais réduit fortement ses sorties par grand froid et passe beaucoup de temps dans son nid de branches et de mousse. C'est précisément parce qu'il doit se nourrir en hiver qu'il constitue des réserves à l'automne.
Peut-on nourrir les écureuils dans son jardin ?
Il est préférable de ne pas les rendre dépendants d'un nourrissage. Si vous souhaitez les aider pendant un hiver rigoureux, proposez en petite quantité des noisettes ou des noix non salées et non grillées, et jamais de pain ni d'aliments transformés. Un point d'eau en période de sécheresse et la plantation de noisetiers ou de chênes restent les aides les plus utiles.